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Les industries culturelles face aux défis de la gratuité. La culture est-elle soluble dans l’économie ? La Documentation française Revue - Problèmes économiques

lundi 16 juillet 2007

La gratuité va-t-elle tuer la culture ?
Le Nouvel Observateur. Entretien de Jacques Attali avec Denis Olivennes. L’accès gratuit aux œuvres culturelles via le téléchargement de musique, de films, de livres sur l’Internet fait, depuis quelques années, l’objet d’intenses débats. Pour les uns, ce phénomène, qui prive les artistes d’une juste rémunération, constitue une terrible menace pour la création et la diversité culturelles. Pour d’autres, la gratuité dans ce domaine n’est ni nouvelle, ni dangereuse. L’Internet ne fait en quelque sorte que généraliser la radio et le peer to peer (échange gratuit de fichiers) ne peut pas être assimilé à du piratage. S’il y a bien un combat à mener, c’est contre le commerce illicite de produits culturels. Jacques Attali, auteur d’un ouvrage récent consacré à l’histoire des cinquante prochaines années, Une brève histoire de l’avenir, et Denis Olivennes, qui vient de publier un essai intitulé La gratuité, c’est le vol. Quand le piratage tue la culture, confrontent, ici, leurs points de vue sur une question essentielle aujourd’hui pour le devenir de l’économie des industries culturelles.

Quand les industriels du numérique pillent une industrie voisine NetEco.com. Entretien de Jérôme Bouteiller avec Olivier Bomsel qui a récemment publié un ouvrage consacré au déploiement de l’économie numérique. Afin de mieux comprendre le processus de développement de ce secteur, il y analyse le rôle fondamental que joue la gratuité dans les stratégies des industriels. Il montre notamment que le gratuit sert à conquérir des masses d’utilisateurs qui vont devenir clients de services liés. Il revient en particulier sur les mécanismes de création de richesse dans la société moderne, sur les effets de réseau ou encore sur le modèle économique de Google reposant sur la publicité.

La gratuité et ses ennemis
Le Débat. Daniel Cohen. Un livre, un CD, un DVD sont l’enveloppe physique qui oblige jusqu’à présent le consommateur à individualiser sa commande. Il paie cette enveloppe physique pour accéder à son contenu : l’œuvre. Le numérique, qui rend possible une dématérialisation totale de ces biens, rend caduc le modèle économique des industries culturelles car il bouleverse les principes de tarification des biens produits dans ce secteur. Après avoir analysé les différents arguments développés, notamment en faveur de la défense des industries culturelles par Denis Olivennes et Olivier Bomsel dans leurs récents ouvrages (La gratuité, c’est le vol et Gratuit !), l’auteur rappelle que chaque fois que ces industries se sont crues menacées par le progrès technique (radio, magnétoscope, etc.), elles se sont finalement adaptées, découvrant que ce qu’elles considéraient comme des menaces devenaient vite des opportunités. Repenser leur business model est donc devenu aujourd’hui une nécessité. L’auteur préconise, en particulier, d’abandonner le paiement à l’acte, dont il estime qu’il est désormais le pire des systèmes, au profit de toute solution qui pourrait rapprocher d’un paiement forfaitaire.

Un spectre hante le capitalisme : la gratuité
CERNA - École des Mines de Paris. Pierre-Noël Giraud.
Le développement très rapide, au cours des dernières années, des échanges peer to peer (P2P) vient rappeler aux économistes que le don, abondamment étudié par l’anthropologie, joue encore aujourd’hui dans les sociétés un rôle fondamental. Les industries culturelles - les premières touchées par ce phénomène qui conduit, selon elles, à un piratage massif des œuvres musicales et cinématographiques - considèrent qu’il met gravement en péril la création artistique. L’auteur estime, lui, que s’opposer aux libertés nouvelles offertes par la technique est voué à l’échec. La création artistique ne serait, en outre, pas réellement menacée, puisque ce que met en danger le P2P, c’est avant tout " l’économie de la Sierra Madre " qui caractérise ces industries et se traduit par une extrême concentration des gains. Le spectre de la gratuité qui hante désormais les industries culturelles est un processus inéluctable qui devrait se déployer dans un avenir plus ou moins proche à une beaucoup plus grande échelle.

Internet et l’échange gratuit : quelle place dans la société de l’information ?
MURS - Collège de France. Bernard Benhamou. L’Internet est devenu, en quelques années, le média qui a connu la plus forte croissance de l’histoire des médias modernes. Aujourd’hui, il est un outil qui occupe une place essentielle dans la vie quotidienne de milliards d’individus. La particularité fondamentale de l’Internet, et qui explique qu’il ait connu un développement et une évolution extrêmement rapides de ses usages et de ses fonctions, est le principe de la neutralité. Ce dernier signifie que, d’un point de vue technique, les supports permettant d’acheminer l’information, les applications (web, e-mail, etc.) et les contenus sont strictement séparés. Grâce à ce protocole technique, qui est l’essence même du Net, des échanges de toutes natures se sont mis en place et des communautés de l’Internet se sont créées sur la base de la notion d’échange gratuit. Ces communautés sont devenues l’ossature de l’Internet, son épine dorsale. Penser que ce principe fondamental est immuable serait cependant une erreur. Il peut, à tout moment, à des fins politiques ou économiques, être remis en cause et modifié à la demande d’un Etat, d’une société ou d’un groupe.

Comment développer et protéger les œuvres culturelles sur le Net
Rapport sur le développement et la protection des œuvres culturelles sur les nouveaux réseaux. Mission Olivennes
En septembre 2007, la ministre de la Culture et de la Communication a confié au PDG de la Fnac, Denis Olivennes, une " mission sur la lutte contre le téléchargement illicite et pour le développement des offres légales d’œuvres musicales, audiovisuelles et cinématographiques ". Les travaux de cette mission ont été rendus publics le 23 novembre 2007. Le rapport débouche sur un accord inédit entre les ayants droit de la musique et du cinéma et les fournisseurs d’accès à l’Internet (FAI). La mission Olivennes a cherché à ménager la liberté des consommateurs et le droit des créateurs. Dans l’ensemble des mesures préconisées, la plus marquante est celle qu’ont accepté de mettre en œuvre les FAI, jusqu’à présent réfractaires à tout dispositif répressif : ils ont convenu de lutter plus efficacement contre les " petits " pirates par des sanctions appropriées. En contrepartie, les ayants droit de la musique s’engagent à mettre en ligne d’ici un an, pour le téléchargement, les chansons françaises sans verrous numériques (Digital Rights Management, DRM). L’industrie du cinéma devra, de son côté, réduire le temps d’attente avant la mise à disposition d’un film sur l’Internet après sa sortie en salles. Un dispositif législatif qui permettra une application rapide des mesures préconisées par la mission Olivennes pourrait être présenté au premier trimestre 2008 afin d’être adopté avant l’été.

La musique en ligne peut-elle imaginer une nouvelle relation ?
Esprit. Françoise Benhamou. À l’heure où le " marché du disque " traverse une très grave crise, un groupe de chercheurs du ministère de la Culture a imaginé ce que pourrait être l’avenir du secteur de la musique enregistrée. Ils ont élaboré cinq scénarios à partir de différentes caractéristiques propres aux stratégies mises en œuvre par les acteurs du secteur. Des modes de consommation distincts ont également été associés à ces scénarios. Les conclusions de cette étude prospective dessinent un paysage musical qui laisse peu d’avenir aux majors et sans doute un peu plus aux labels positionnés sur des créneaux à forte puissance d’innovation. Si cette étude offre une grille de lecture intéressante, elle semble néanmoins insuffisante. Les scénarios sont ainsi avant tout ceux de la musique de variétés. Quid du jazz, de la musique classique et savante ? Ces genres musicaux devront certainement inventer d’autres modèles. Quant aux interrelations entre la musique enregistrée et le spectacle, appelées elles aussi à évoluer, elles sont dans cette étude quelque peu négligées.


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